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Retour Congrès d'ARRAS - Conférence plénière

Une consultante décrit sa méthode… Experte de la participation des habitants aux politiques publiques, Hélène Cauchoix détaille les nuances de la démarche. Elle décrit ensuite, une action co-construite de A à Z. 
 

1 - Hélène, pouvez-vous nous distinguer les réalités que recouvre la « participation » ? 
 
Absolument, il faut distinguer les formes et finalités ! On peut ainsi distinguer 5 modalités d’engagement habitant et d’ «ambition » :
1- Dite « informative », la participation est à « sens unique » ; l’objectif est de rendre visibles, compréhensibles et accessibles les informations concernant un projet déjà construit vers un public.
2- « Consultative », la participation a pour but de recueillir des réactions ou des avis, le public est ciblé et déterminé par le moyen d’animation et de recueil des avis souvent individuels sur un sujet/projet défini.
3- « Concertée », la participation « engage » le public et le porteur de projet à laisser des marges de manœuvre ; une méthode et une démarche sont arrêtées afin de permettre une production multipartite et organisée pour produire des contributions collectives et un dialogue entre les savoirs (usages, scientifique, politique…)
4- « Co-décidée », la participation suppose des collectifs et des instances organisées, ainsi qu’une démarche de dialogue et d’arbitrage commun, s’en suit un portage collectif du projet sur toute sa durée.
5- « Médiée », la démarche de participation sur le projet est confiée à un tiers neutre ; ce dernier garantit l’implication de toutes les parties et une impartialité sur l’issue du projet.
 
2 - Pouvez-vous dire comment une action, par exemple la création d’une conciergerie dite « engagée », a été menée ?
 
Oui, je vous donne le contexte. J’ai été appelée par les bénévoles de l’association de la Corde alliée dans l’Ain. Ils avaient des idées, des envies, mais s’étaient heurtés aux appels à projets et demandes de financement sans réussite. Ils en ont déduit que c’était un métier. J’ai apporté l’ingénierie pour transformer leurs idées en projets. Ensemble, nous avons porté une dynamique d’« acteur-combinateur » auprès des chargés de missions de la Communauté de communes Plaine de l’Ain et des associations, afin de ne pas créer un projet de structure, mais un projet « de territoire ». Les habitants expérimentent et assurent le portage, les acteurs aident au pilotage pour, un jour, en partager le portage s’il fait ses preuves.
A l’époque, l’association portait un projet d’accorderie (échange de services avec la monnaie temps) et les questions autour de l’habitat sur le bricolage et le petit entretien étant prégnantes, nous avons ajouté les sujets de l’accès aux droits et de la précarité énergétique. Heureusement, la collectivité a des chargés de mission intéressés par l’innovation et une intention d’horizontalité dans ses politiques : ANAH, QPV, PCAET. Cela a aidé à structurer. Par ailleurs, Dynacité - le bailleur social - s’est impliqué pour structurer l’offre de service solidaire qui est un besoin premier de ses locataires et de lui-même. La Conciergerie engagée est née, pilotée par des habitants, et portée par la collectivité, les partenaires associatifs et des fondations qui lui ont permis de s’organiser et d’exister.
 
3 - Voulez-vous en décrire les étapes ?
 
Les voici, réalisées ou à venir : 
Le projet de Conciergerie Engagée : partir des habitants, agir sur l’habitat et intégrer les modes d’habiter à l’échelle de la Communauté de commune plaine de l’Ain.
Une idée portée par une association d’habitants : le Corde Alliée, une consultante pour accompagner la méthodologie de projet et l’ingénierie territoriale, des agents de collectivités à la quête d’opérateurs et d’interactions entre les politiques publics : ANAH, QPV, PCAET.
Intégrer une logique systémique de projets dans le projet d’économie sociale et solidaire. Un concept clé : la Conciergerie : lieu et personne de proximité, réalité de voisinage, organiser les solidarités. Formaliser une nouvelle posture professionnelle liée à la facilitation plus que l’animation : facilitation sociale d’accès aux droits, facilitation énergétique… issue de l’éducation populaire et des principes de négociation raisonnée. Faire avec les personnes et non pour.
Le projet agit au plus près des réalités et des besoins des habitants, dont les personnes les plus vulnérables. Il s’ajuste, se construit dans la complémentarité de l’existant et avec un dialogue permanent avec les institutions, collectivités et acteurs locaux. Ont créée des instances, une rythmicité, une transparence, on rend des comptes... l’association est dans une posture d’opérateur qui expérimente dans un cadre d’utilité sociale et locale. Comme dit l’élu à l’habitat : « Ils font ce qu’ils disent et ils disent ce qu’ils font ».
 Concevoir un ensemblier : offre de service, atelier pour apprendre, atelier pour faire, être à l’écoute globale d’une personne, entendre leurs besoins, utiliser à la fois la monnaie temps et un prix libre et conscient, créer des espaces et des outils d’échanges à portée de tous. Animer des lieux d’accueil et d’information d’accès aux droits, dépannage solidaire chez l’habitant, chantier-école, auto rénovation accompagnée, visite sociotechnique autour des usages et consommations en énergies, quincaillerie solidaire, échange de biens et de services, monnaie temps, convention d’engagement réciproque…
 Les actions se réalisent comme des expérimentations. Elles sont mesurées, discutées avec les bénéficiaires, partenaires et financeurs autour de la même table.
Et demain, le projet sera mutualisé et stabilisé, la logique reste, mais le pilotage et le portage s’autonomise par rapport à l’association : le service public est porté par la collectivité, l’action ESS s’ancre et renforce des actions/acteurs privés-publics.
Le résultat : des services publics ajustés, des emplois locaux, une amélioration de l’habitat qui prend en compte les modes d’habiter, des habitants ressources et porteurs d’actions, des associations locales renforcées, une politique publique combinée et réactive….Bref il s’agit là d’un territoire en transition, où les acteurs, les actions et les intentions sont combinés.  
En savoir plus: le site i-cpc.org (espace ressource et documenté sur des retours de pratiques ou des contributions scientifiques), guide Adcf et Palabreo : https://www.adcf.org/files/THEME-Insitutions-et-pouvoirs-locaux/AdCF-Gui...